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Natalia M King et Baobab en concert

à l'Empreinte le 3 mars à 20h

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Un article de Nicolas Maillard publié le 25/02/2006 à 18:52
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L'EMPREINTE, Scène de Musiques Actuelles, PRESENTE NATALIA M KING & BAOBAB (en acoustique) en concert le vendredi 3 mars à 20H.

NATALIA M KING

Jeune chanteuse afro-américaine, Natalia M King chante d'une voix royale une poésie mêlant jazz rustique, blues rural et funk suffocant.  Loin des modes, à la croisée du folk fiévreux de Joni Mitchell, des vocalises habitées de Jeff Buckley, de la sérénité grave de Tracy Chapman, des mantras soufies de Nusrat Fateh Ali Khan, la musique de cette artiste ne se laisse réduire à aucune étiquette. Elle a choisi de s’installer en France ( juin 1998 ), pour l’hospitalité du pays louée par Miles Davis et Chester Himes mais aussi pour la réputation de Paris comme carrefour culturel mondial. Soyons à la hauteur.

Que de chemin parcouru depuis le miracle de «Milagro» (2000), son premier disque, jusqu’à ce «Flesh Is Speaking». Les déflagrations blues rock de «Milagro» ne furent pas sans remémorer la fulgurance du groupe pionnier Living Color. Les médias et le public français découvrirent alors, comme surgie de nulle part – des couloirs de métro, en fait – une jeune chanteuse afro-américaine aux racines hispaniques et aux dons éblouissants. Dès que Natalia M. King investit un studio d’enregistrement ou une scène, un charisme saisissant irradie d’elle.

Trois ans après le succès de «Milagro », «Furry And Sound» (2003) transforme magnifiquement l’essai. Sa fureur sonique reflète un engagement artistique et humain encore plus fort : exutoire par lequel Natalia M. King se délivre, fil à fil, de ses souffrances. Avec le recul, «Furry And Sound» se révèle comme le signe annonciateur de «Flesh Is Speaking», album d’une maturité qui rime avec sérénité – et volupté, toujours -, sans pour autant fuir la prise de risque. Dans les textes et les musiques (de Natalia, de même que les arrangements et la direction artistique), ce troisième opus pour Universal Jazz France préserve une audace crue, refusant tout formatage, pour hisser la créativité vers des zones de vertige.

NATALIA M.KING«Flesh Is Speaking», le titre en lui-même dit déjà beaucoup. Il possède l’énergie drue, directe, par laquelle la native de Brooklyn s’est imposée sans compromis à l’industrie musicale. Lorsqu’elle déclare «la chair parle», lisons entre les lignes : il y est question de body and soul. «Je fais allusion aux besoins dont mon corps et mon âme ont soif, mais comme un tout : baiser, chanter, faire l’amour, boire, fumer, écrire, écouter de la musique, douce ou tonitruante, dans un bar enfumé où les yeux furètent. Sensualité, psychologie, spiritualité forment une globalité indivisible». Le titre éponyme ‘Flesh Is Speaking’ transpire d’un funk suffocant, irrésistible. Ici comme dans l’ensemble du CD, la musicienne associe à sa guitare (acoustique) celle de Ben Coulentianos, pâtre grec à la gratte de métèque, tout à fait appropriée pour une iconoclaste de sa trempe.

Sa plume vadrouille quelquefois du côté du blues, à l’instar du morceau final (‘Lover’s Blues’). Ce n’est pas de se grillager à l’intérieur des douze mesures du blues qui motive la belle rebelle, mais de se désaltérer à la source. Le cri, que sa voix laisse parfois poindre, a quelque chose du ‘shouting’, jadis incorporé par les esclaves aux chants de travail et repris dans le blues. «Le blues est au coeur de la plupart des courants modernes majeurs - folk, rock, funk et, même, pop. Il représente la face sombre de ma nature : solitude, mélancolie, affliction... Dans ‘Lover’s Blues’, je ne balance pas mon blues à la figure, mais je l’éclaire d’une touche d’humour».

En introduction du disque (‘Pop U’), l’harmonica (joué par Natalia M. King) et la washboard, ‘planche à laver’ autrefois usitée par les plus pauvres comme une batterie rudimentaire, apportent une saveur de jazz rustique et blues rural. Les mots, qui jouent sur les résonances des consonnes, parlent d’amour. À la fois réalistes et gonflés de mystère, ils recèlent la fragilité d’une bulle qui éclate et la puissance de leurs aspirations. Mais, au fait, comment lui viennent-ils? «N’importe où, n’importe quand, explique la poétesse de l’extrême. Je les note sur un coin de nappe, dans mon agenda, sur la paume de ma main. Les mots émergent d’eux-mêmes, ou bien sont suscités par une ligne de guitare, un accord qui m’échappe et qui exhume une émotion enfouie dans ma mémoire».

Née en 1969 à Bushwick (quartier afro-hispanique de Brooklyn) d’un père panaméen – qu’elle n’a pas connu –, la petite New-Yorkaise a grandi avec son frère auprès de sa mère d’origine dominicaine, qui a dû élever seule ses deux enfants. Il est arrivé à la chanteuse, lors d’interviews, d’évoquer les rapports contradictoires avec sa génitrice, qui ont oscillé entre passion et colère. Dès les premières notes de ‘Mama Did You Love’, elle installe, à la guitare, une quiétude, pour accueillir la confidence psalmodiée : «Je n’ai jamais réalisé que tu es une femme / Ne me suis jamais demandée où es ton homme». «En prenant conscience que ma mère a aimé et souffert, j’ai en quelque sorte pacifié avec elle… et avec moi-même», précise-t-elle. Sa mélopée, qui garde une fièvre intérieure, distille une immense tendresse.

L’amour, qu’il soit filial, sentimental ou envers l’humanité, tient le rôle principal, dans «Flesh Is Speaking». «J’ai écrit la quasi totalité des chansons durant la période bénie d’un amour naissant. La dimension spirituelle que l’on peut percevoir en mon sentiment, je l’ai ressentie à la lecture du poète soufi Jalalu’ddin Rumi, qui, lorsqu’il s’adresse à Allah, parle comme à son amoureux. Je ne crois pas en dieu, mais, pour moi, le quotidien devient divin par l’amour que nous lui injectons». ‘Héla Helena’, dont les incantations rappellent l’énergie circulaire et hypnotique des derviches tourneurs, célèbre la personne aimée, qui a chamboulé l’existence de Natalia il y a deux ans. «Je n’affiche pas ma vie privée, mais ne me cache pas non plus. Ça ne sert à rien d’exciter les peurs des ignorants. Je vis ma vie, sans me soucier du regard extérieur. Sinon, il y aurait longtemps que je me serais suicidée. Je suis noire, latino, athée née dans un pays hyper religieux, je mène l’existence d’une artiste qui croit en l’intégrité de sa démarche. Je n’ai rien à foutre des pressions sociales et des tabous».

Natalia M. King aborde la sobriété harmonique comme une mise à nue et une contrainte féconde. Les investigations au sein d’une même tonalité amènent à sonder une couleur, un climat, un ressort. Alternance entre tension et relâchement, riff répété jusqu’à l’envoûtement (guitare obsédante de ‘Who Of Me’, ‘Blessed Be’), et l’on renoue délicieusement avec la transe. Dans l’abandon auquel se livre ici l’artiste, il y a plus que jamais le don. Une générosité qui illumine entièrement «Flesh Is Speaking». De ses brûlures intimes, la miraculée a inventé une poésie guérisseuse. Une voix royale pour le bonheur.

Elle porte en elle l’histoire et le génie de son peuple. Et bien davantage encore : une singulière universalité, qu’elle a édifiée grâce à sa curiosité, éminemment attentive à l’altérité. Elle a étudié, à l’université, l’oeuvre du poète humaniste anglais du Moyen-Âge John de Salsbury, s’est intéressée à la littérature de James Baldwin, a écouté des musiciens aussi différents que The Doors, Janis Joplin, Tom Waits, Thelonious Monk, Compay Segundo, John Coltrane, ou encore le maître du qawwali pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan… Celle qui, guitare en bandoulière, a sillonné les Etats-Unis en 1992, a choisi de s’installer en France ( juin 1998 ), pour l’hospitalité du pays louée par Miles Davis et Chester Himes, mais aussi pour la réputation de Paris comme carrefour culturel mondial.

Toute cette richesse butinée au fil des années, Natalia M. King l’insuffle à son chant et, plus largement, au style original qu’elle s’est forgé. Fragrance country, liberté de la forme et de l’esprit puisée au jazz, atmosphères contrastées, spasmes psychédéliques, accalmies introspectives, capiteuses arabesques… La musique de cette artiste complète (découverte par le grand public en 1999 sur Canal + et en première partie de Diana Krall à l’Olympia) ne se laisse réduire à aucune étiquette. Dans ses chansons, l’infatigable globe-trotter explore l’âme humaine, l’infinie géographie des souffrances, des rêves et des révoltes, en lesquels l’auditeur, d’où qu’il soit, reconnaît quelque chose de sa propre expérience.

+ BAOBAB
Les Baobab enracinent le reggae français et en creusent le sillon dans et hors de l’hexagone depuis un bon moment. Loin des grosses productions jamaïcaines auxquelles ils nous avaient habitué, rebelles à tout intégrisme musical, ils reviennent en trio et en acoustique présenter un album plus épuré, plus intime et sensuel, qui fait la part belle à une voix lancinante mûrie par les fêlures.

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Ange a écrit le lundi 06 mars 2006 à 10h54

:) :) :) :)

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