Vaux a été le théâtre tragique où Nicolas Fouquet, ministre
fidèle, a payé de la prison à vie les millions volés par d'autres, la jalousie
des ambitieux et un peu trop de galanterie et de splendeur.
Pendant dix
ans sous la protection de Nicolas Fouquet, Vaux a aussi été le paradis des
principaux artistes français : écrivains, poètes, peintres, sculpteurs se sont
attachés à embellir Vaux avec le meilleur de leur talent.
Naissance d'un chef-d'œuvre
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La ferme du château en 1900,
aujourd'hui le restaurant l'Ecureuil au fond, l'entrée visiteurs et la boutique
à droite. |
Au début du XVIIe siècle, à l'est de
Paris, entre les résidences royales de Vincennes et de
Fontainebleau, un petit
château se dresse au confluent de deux petites rivières. Ce fief noble s'appelle
Vaux le Vicomte : l'histoire a enregistré son nom mais les Renommées ne l'ont
pas encore fait retentir.
En 1641, un jeune parlementaire de 26 ans, Nicolas
Fouquet, achète cette seigneurie.
Quinze ans plus tard va naître là un
chef-d'œuvre unique : un château et un jardin, les plus beaux de France.
Cette réussite est l'œuvre du génie fraternel de trois hommes choisis par
Nicolas Fouquet : l'architecte
Le Vau, le peintre-décorateur
Le Brun et le jardinier-paysagiste
Le Nôtre.
L'art de vivre, l'esprit cultivé de Fouquet, leur commanditaire, inspirent leurs
talents.
Ils ne sont pas les seuls ; le poète
La Fontaine,
Molière auteur et acteur,
Madame de Sévigné,
Pellisson,
Scarron, constituent l'entourage de
ce mécène des Lettres et des Arts.
Une fête
mémorable, la prison à vie pour Nicolas Fouquet C'est à Vaux le
Vicomte que se déroulera l'une des plus belles fêtes du XVIIe siècle, chargée de
raffinements, de beauté, d'éblouissements mais aussi de drame. Fouquet est ivre
du bonheur de mettre Vaux le Vicomte aux pieds du souverain qu'il a toujours
servi fidèlement et il ne doute pas de mériter la fonction de premier ministre.
Ce fut une splendide journée d'été. Nicolas Fouquet et son épouse
inauguraient Vaux le Vicomte en présence du Roi
Louis XIV qui
avait exprimé le désir d'en voir les derniers embellissements, de la Reine-Mère
et d'une partie de la Cour. Le Roi a souhaitée cette fête pour mieux tromper
Fouquet dont il a décidé secrètement la mort.
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La façade sud du château avant
1906 |
Quand la chaleur du jour fut passée,
précédés par leurs Majestés, les invités entrèrent dans le jardin et furent
stupéfiés par la multitude des bassins et des jets d'eau, par les terrasses de
gazon et de fleurs, par l'immensité des grottes, des cascades et par la plus
belle perspective du monde. Au retour de la promenade, une collation fut servie
au château, puis tous coururent au spectacle donné à la lisière des bois : le
sujet en était "les Fâcheux", comédie ballet écrite et jouée par Molière. Le
rideau tombé, un feu d'artifice fut tiré des Grottes, reflété dans le miroir
d'eau du Grand Canal où nageait une pétaradante baleine géante. Au dernier feu,
le Roi s'en revint vers le château lorsque, soudain, un millier de fusées
s'échappèrent du dôme du logis, formant dans la nuit une voûte de feu.
Cette fête enchanteresse du 17 août 1661, sans précédent, qui fut le
modèle des fêtes royales à venir, marquait apparemment l'apogée du Surintendant
Fouquet ; celui-ci n'en doutait pas. Seul le roi savait (avec la Reine-Mère et
Colbert), que le surintendant était à quelques heures de son
élimination ; pour Louis XIV, les applaudissements de cette fête qui allaient à
un autre que lui, cette demeure plus fastueuse que ses vieux palais, ce jardin
magique, avaient constitué autant d'épreuves amères pour son amour-propre et
renforcé sa volonté d'anéantir ce ministre. Il fut sur le point de faire arrêter
Fouquet surlechamp : la Reine-Mère l'en dissuada.
Plus tard,
Voltaire résuma ainsi cette fête célèbre : "le 17 août à 6
heures du soir, Fouquet était le roi de France : à 2 heures du matin, il n'était
plus rien".
La vie du château de Fouquet à De
Vogüé 
Nicolas Fouquet arrêté, condamné au cachot à vie, sa femme exilée,
Vaux le Vicomte est mis sous scellés ; le Roi saisit, réquisitionne - parfois
achète - : 120 tapisseries, tous les orangers, les statues etc. Il coûta 10 ans
de patience à Madame Fouquet pour récupérer ce bien où elle se retira avec son
fils aîné. Après la mort de son mari en 1680, elle perd aussi son fils ; aussi
en 1705 elle se résout à mettre Vaux le Vicomte en vente.
C'est le plus
grand chef militaire du Royaume, le
Maréchal de Villars, Duc et
Pair de France, qui s'en rend maître sans l'avoir visité. Ce militaire glorieux
qui a conquis tous ses galons à la pointe de l'épée, le vainqueur de Denain,
appréciait Vaux où il se délassait de ses campagnes militaires avec sa
ravissante épouse.
En 1764, le fils du Maréchal vendit le domaine au
Duc de Praslin, dont les descendants conservèrent la propriété
pendant plus d'un siècle avant de la mettre en vente, après trente années
d'abandon.
Le 6 Juillet 1875, un amateur averti, Monsieur
Alfred
Sommier, acheta Vaux le Vicomte, mis aux enchères publiques. Le château
était vide ; une partie des dépendances en ruine, le célèbre jardin disparu. Un
immense travail de restauration et de remeublement commençait. A la mort
d'Alfred Sommier, en 1908, le château et le jardin avaient retrouvé leur aspect
d'origine. Son fils,
Edme Sommier, et sa belle-fille achevèrent
son œuvre. Aujourd'hui ses descendants directs,
Patrice et Cristina de
Vogüé, poursuivent la sauvegarde de Vaux le Vicomte.
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