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Provins, patrimoine mondial de l'Unesco


700 000 visiteurs par an


Un article de Nicolas Maillard Contacter l'auteur par email  publié le 20/04/2005 à 00:00
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Provins est le dernier témoin vivant des célèbres foires de Champagne du Moyen-Age. Classée au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco en 2001, la ville possède un ensemble architectural (civil, militaire et religieux) unique avec 58 monuments inscrits ou classés à l’inventaire des Monuments Historiques.

Provins est la ville la plus représentative de France en ce qui concerne l’époque médiévale, notamment grâce à un plan de restauration de la ville dirigé par Jean Moulin (Architecte en chef des Monuments Historiques). Chaque année, près de 700 000 personnes viennent visiter Provins.

Provins : de la gloire au déclin
ProvinsAu IXe siècle, lors de la constitution du Comté de Champagne et de Brie, Provins devient l’une des trois capitales avec Troyes et Meaux. La ville connaît alors une grande prospérité grâce aux célèbres foires de Champagne qui ont lieu trois fois par an.
Troisième ville de France (après Paris et Rouen), elle est la plaque tournante du commerce européen et sa monnaie (le denier provinois) est acceptée dans l’Europe entière. Provins est à la fois une ville drapière, un centre intellectuel et surtout une place financière.
En 1284, la ville est rattachée au royaume de France par le mariage de Jeanne de Navarre (Comtesse de Champagne) à Philippe IV le Bel, roi de France. Cet événement marque le déclin de la ville qui commence à la fin du XIIIe siècle.

Ce déclin est accéléré par le développement de centres marchands au nord et à l’est de l’Europe, entraînant une baisse d’activité sur les foires (les routes maritimes semblaient plus sûres et plus économiques avec les nouveaux moyens de transport). Le ralentissement de l’activité et les prix trop élevés poussent même le maire de Provins, Guillaume Pentecôte, à demander aux artisans et ouvriers de travailler plus longtemps pour le même salaire. Une révolte urbaine s’ensuit en 1379, sévèrement réprimée, poussant de nombreux marchands à quitter la ville.
Déjà menacées par une conjoncture difficile, les guerres et les épidémies ; les foires disparaissent alors progressivement.
Durant la guerre de Cent ans (1337/1451), les Provinois, désormais sans l'appui d’un Comte, doivent dépenser beaucoup pour détruire certains faubourgs et consolider les fortifications.

Les capitaines Anglais prennent la ville assez facilement à plusieurs reprises. Des incursions anglaises ont notamment lieu dans les campagnes champenoises vers 1358. En 1417, le traité de Troyes fait passer la ville aux mains d’une partie du royaume des Bourguignons, puis aux anglais.
Les remparts sont certes massifs, l’éperon rocheux de la Ville Haute difficile à prendre, pourtant il y a peu d’hommes pour défendre cette ville. En 1432, la ville est pillée par le capitaine anglais Thomas Guérard. Petit à petit, les fortifications devinrent inutiles avec l’usage du canon qui remplace les engins de guerre.
Charles VII se réconcilia avec les Bourguignons en 1435, reprit Paris en 1436, et acheva de chasser les anglais de France en 1453.
Ainsi s’achève l’histoire de Provins au Moyen Âge, cette période qui fut la plus remplie dans la vie de notre cité.
Les Templiers
L’Ordre du Temple, fondé en 1119, avait pour objectif de combattre l’infidèle et protéger les pèlerins de Palestine sur les chemins de Jérusalem. Seigneurs, bourgeois, roturiers, vilains vinrent, parfois malgré leur manque de préparation militaire, s’offrir à l’idéal religieux de l’Ordre du Temple. On décida alors que certains exploiteraient les propriétés de l’Ordre, pendant que les autres serviraient les Chevaliers à la guerre.
A la fin du XIIe siècle, l’Ordre du Temple avait deux maisons à Provins : Le Val de Provins et la Madeleine. Les Chevaliers du Christ, qui à l’origine étaient bien pauvres, devinrent un ordre puissant et estimé, riche et jalousé. Thibaud le Chansonnier en prit ombrage et contesta certaines de leurs possessions en Champagne et en Brie. Cette affaire fut arbitrée au Saint-Siège et vit Thibaud remporter le différend. Les Chevaliers devront obtenir son consentement pour valider chaque nouvelle acquisition.

L’administration de la Commanderie de Provins fut donc réduite à l’indispensable : seul un Commandeur, appelé “ Maître ”, gérait l’intégralité du domaine et des finances. Les religieux, placés sous ses ordres, étaient peu nombreux. Il y avait un aumônier ou infirmier, un maréchal, un receveur, un économe, qui avait la garde des clefs et assurait la surveillance du personnel domestique, ainsi qu’un frère employé à la vente des vins.
En octobre 1307, sur ordre royal de Philippe le Bel, tous les Templiers de France furent arrêtés presque le même jour. Le pape Clément V, indigné par cette inquisition, décida d’entendre personnellement quelques témoins dociles choisis par le Roi. Plusieurs des Templiers provinois déclarèrent alors vouloir venger l’Ordre du Temple de la calomnie. Depuis leur arrestation, tous les frères étaient privés de sacrements et dépossédés de l’habit religieux et de leurs biens.

Sous l’influence du Roi, un concile provincial décida que toute abjuration serait considérée comme un cas plus grave que la protestation d’innocence, et conduirait à la peine du feu.

Ainsi, en mai 1307, le concile condamna au bûcher 54 Templiers, et le Pape supprima l’Ordre de sa propre autorité.

La majorité des biens fut attribuée à l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem et non au Roi de France, comme celui-ci l’aurait souhaité.

Les Croisades
Les croisades est le nom donné aux expéditions militaires effectuées du XIe au XIIe siècle par les chrétiens d’Occident afin de libérer la ville sainte de Jérusalem et les lieux saints associés à la vie du Christ occupés par les musulmans. Comme signe de distinction, ils doivent coudre une croix sur leurs vêtements ; ainsi naît l’appellation de “ croisé ”.

Le terme de croisades n’apparaît que vers 1250. Avant on parle de “ voyage de Jérusalem ” ou de “ pèlerinage de la Croix ”.

Il y eut huit croisades entre 1096 et 1291. Si, au départ, les croisés étaient essentiellement des pèlerins qui se faisaient souvent massacrer rapidement, les chevaliers prirent la relève.

Les cinq premières croisades furent dirigées par le Pape, chef de l’église catholique de Rome.

Urbain II promit aux hommes qui s’engagèrent dans la première croisade, en 1096, de protéger leurs biens pendant leur absence. Il leur promit également l’impunité pour les crimes qu’ils auraient commis et le pardon de Dieu pour leurs péchés.

Les trois dernières croisades furent lancées par des rois d’Europe, puis la ferveur des croisés s’évanouit dès la fin du XIIIe siècle.

Les Chevaliers, de père en fils
Les Chevaliers, de père en filsAu Moyen Âge, seuls les seigneurs les plus riches, capables de se faire fabriquer une armure à leur frais, de posséder un cheval et de s’entraîner chaque jour, pouvaient entrer dans l’ordre prestigieux des chevaliers.

Toute l’éducation d’un fils de chevalier le préparait à le devenir à son tour. Enfant, il jouait avec des chevaux de bois, revivant les récits rapportés par les trouvères et troubadours. Puis débutait l’apprentissage à l’équitation et au maniement de l’épée avec un maître d’armes.

Vers dix ans, il commençait à s’initier au combat à cheval en visant, au galop, avec une longue lance, la quintaine, un mannequin mobile attaché à un poteau.

Plus tard, il quittait le château familial pour servir comme écuyer le suzerain de son père, qui lui apprenait à se comporter en chevalier en toutes circonstances… il lui fallait apprendre les bonnes manières et la signification du mot “ honneur ”.

C’est vers 17 ans qu’il recevait l’adoubement : après une nuit de prières et une messe, un chevalier aguerri lui remettait ses armes et lui assenait un coup du plat de la main sur la joue ou sur la nuque : c’était la colée, avant de prêter serment devant Dieu de ne combattre que pour la bonne cause, de protéger la veuve et l’orphelin, de ne point tuer les vaincus sans défense…

La Rose de Provins
La rose de Provins, ou “ Rosa Gallica Officionalis ”, a été rapportée d’orient en 1240 par Thibaud IV, Comte de Champagne.
Cette fille d’orient, modeste autant que belle, d’un beau pourpre violacé, contribuera à la grandeur passée de notre cité.

Pendant longtemps, la capitale de la Brie fit un très grand commerce de ses roses. Elle les cultivait sous le double rapport de l’agrément et de l’utilité médicinale. Ainsi, Provins fournissait aux foires de Champagne et de Brie, si importantes au Moyen Âge, les précieux produits de la Rosa Gallica Officionalis sous forme de conserves sèches et liquides. De nombreux marchands étrangers les transportaient au loin, propageant ainsi la renommée de la précieuse rose.

Sa composition à base de tanin, d’acide gallique, d’huiles essentielles, d’albumine, de silice... fait que, préparée en confit ou en sirop, elle apaise les maux de digestion. En lotion, elle assainit et purifie la peau. En sucre d’orge, elle adoucit la gorge...

Aujourd’hui, la tradition perdure : on fabrique encore artisanalement des confitures de roses, du miel, de la liqueur, du sirop, des bonbons, des gâteaux...


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